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Le titre d'une peinture abstraite : comment (et pourquoi) je nomme mes tableaux

« Pourquoi ce titre ? » En exposition, la question revient presque aussi souvent que celle du prix. Titre neutre, titre-sensation ou titre évocateur en espagnol et en latin : voici comment je nomme mes tableaux, et ce qu'un titre change vraiment à la lecture d'une œuvre abstraite.
« Pourquoi votre tableau s'appelle Viracocha ? » « Qu'est-ce que ça veut dire, Omniscius Oculus ? » En exposition, ces questions reviennent presque aussi souvent que celles sur la technique ou le prix. Et elles ont du sens : contrairement à une nature morte ou un portrait, une peinture abstraite ne porte pas son sujet sur la toile — alors pourquoi porter un titre du tout, et pourquoi celui-là plutôt qu'un autre ? Entre convention artistique, geste personnel et héritage culturel, voici comment se choisit le titre d'une œuvre abstraite — et comment je choisis les miens.
Pourquoi une peinture abstraite porte-t-elle un titre ?
On pourrait croire que l'abstraction, en s'affranchissant du sujet représenté, s'affranchit aussi du besoin de nommer l'œuvre. C'est en partie vrai : une large tradition de l'art abstrait, de Rothko à une bonne partie de l'art contemporain actuel, préfère le terme neutre « Sans titre » suivi d'un numéro ou d'une date, précisément pour ne rien imposer au regard du spectateur. Mais une tradition tout aussi ancienne fait l'inverse : Kandinsky, pionnier de l'abstraction, titrait certaines toiles « Composition » ou « Improvisation » suivies d'un chiffre, gardant cette même neutralité, mais en nommait d'autres de façon presque poétique. Joan Miró, lui, assumait des titres pleinement évocateurs, parfois plus proches du poème que de la légende descriptive. Il n'existe donc pas une règle unique, mais deux traditions qui coexistent depuis les origines de l'abstraction — et chaque artiste choisit son camp, ou navigue entre les deux.
Trois façons de nommer une œuvre abstraite
- —Le titre neutre ou codé — « Sans titre n°12 », une date, un numéro de série : il n'oriente pas le regard et laisse toute la place à l'expérience personnelle du spectateur
- —Le titre-sensation — un mot qui nomme l'émotion ou le geste perçu à la fin du travail, comme Tempête, Mouvement ou Équilibre : il prolonge la toile sans la traduire
- —Le titre évocateur ou culturel — une référence mythologique, un mot latin ou espagnol, un clin d'œil personnel : il ouvre une porte d'entrée possible, sans jamais l'imposer comme la seule lecture valable
Ce qu'un titre change (et ne change pas) dans la lecture d'une œuvre
Un titre n'est jamais une légende. Contrairement à un tableau figuratif, où le titre confirme souvent ce que l'œil voit déjà, un titre abstrait fonctionne comme une porte entrouverte : il propose une direction de lecture sans jamais la refermer sur elle-même. Deux personnes peuvent regarder la même toile intitulée Mar Azul et y voir, l'une une évocation littérale de la mer, l'autre une sensation de calme ou de profondeur qui n'a rien de maritime — les deux lectures restent également valables. C'est précisément cette liberté qui distingue l'abstraction de la peinture figurative : le titre accompagne le regard, il ne le dirige pas.
Comment je choisis le titre de mes tableaux
Dans mon travail, le titre vient presque toujours après la toile, jamais avant. Je ne pars pas d'une idée à illustrer : je pars d'un geste, d'une couleur, d'un rapport de matière au couteau, et c'est seulement une fois la toile terminée que je cherche le mot qui lui correspond — souvent celui qui décrit le mieux ce que je ressens en la regardant, ou ce qu'elle m'évoque de mes années de formation entre Buenos Aires et São Paulo. C'est de là que vient une habitude qui revient régulièrement dans mes titres : l'espagnol et, plus rarement, le latin, deux langues qui font partie de mon histoire autant que de ma peinture.
- —Viracocha — divinité créatrice de la cosmogonie andine et inca ; choisi pour une toile figurative dont la présence m'a semblé presque mythologique
- —Omniscius Oculus — du latin, littéralement « l'œil qui voit tout » ; un titre trouvé pour une toile où un regard semblait émerger de la composition
- —Mar Azul — « mer bleue » en espagnol ; hommage direct à mes années passées en Amérique latine, pour une toile dominée par des bleus profonds
- —Criaturas — « créatures » en espagnol ; pour une toile où couleur et figure semblaient prendre vie d'elles-mêmes en cours de réalisation
- —Ijometry — un jeu de mots personnel autour de « geometry » ; pour une toile où la géométrie se déforme légèrement, comme un clin d'œil à ses propres règles
Je ne choisis jamais un titre pour expliquer un tableau — je le choisis pour lui donner une deuxième vie, une fois que la première, celle de la couleur et du geste, est achevée.
Le titre, un sujet de conversation en exposition
Le titre d'une toile est souvent ce qui déclenche la conversation en exposition — plus encore que la technique ou le format. Face à Viracocha ou à Criaturas, les visiteurs posent spontanément des questions sur leur signification, ce qui m'amène presque toujours à raconter aussi le contexte de la toile : la période où elle a été peinte, la technique utilisée, parfois l'exposition pour laquelle elle a été préparée. C'est une des raisons pour lesquelles je préfère vendre mes toiles en direct plutôt que par galerie interposée : le titre devient un point de départ pour échanger sur l'œuvre elle-même. Si un titre vous intrigue, vous pouvez retrouver son histoire et celle de la toile qui le porte dans la Collection complète, ou venir m'en parler directement lors d'une prochaine exposition en France, en Espagne ou en Andorre, recensées sur la page Actualités.
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Questions Fréquentes
Pourquoi certains tableaux abstraits s'appellent-ils « Sans titre » ?+
Parce que certains artistes préfèrent ne rien orienter dans la lecture de l'œuvre : un titre neutre, suivi d'un numéro ou d'une date, laisse le spectateur entièrement libre de sa propre interprétation. C'est une tradition aussi légitime que celle des titres évocateurs — un choix esthétique, pas une absence de choix.
Faut-il prendre le titre d'un tableau abstrait au sens littéral ?+
Non, rarement. Un titre comme Mar Azul ou Viracocha propose une porte d'entrée possible, pas une description exacte de ce qui est peint. Deux spectateurs peuvent en tirer des lectures différentes, et les deux restent valables.
Pourquoi vos tableaux portent-ils souvent des titres en espagnol ou en latin ?+
Parce que ces langues font partie de mon histoire personnelle : je me suis formée à la peinture, à la céramique et à la poterie entre Buenos Aires et São Paulo dans les années 1980 et 1990. Les titres espagnols ou latins reviennent naturellement, comme un prolongement de cette formation plutôt qu'un choix esthétique calculé.
Le titre d'un tableau est-il choisi avant ou après sa réalisation ?+
Dans mon cas, presque toujours après. Je ne pars jamais d'un titre à illustrer : la toile se construit d'abord par la couleur et le geste, et le titre vient ensuite, quand l'œuvre me suggère elle-même le mot qui lui correspond.
Le titre d'une œuvre abstraite influence-t-il sa valeur ?+
Pas directement — le format, la technique et la rareté comptent davantage. Mais un titre bien choisi renforce la mémorabilité d'une toile et facilite la conversation autour d'elle, ce qui compte aussi dans la relation entre un collectionneur et une œuvre.
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